mardi 5 septembre 2017

Nous avons toujours vécu au château, de Shirley Jackson,

« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantegenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés. »
Quatrième de couverture par Rivages (Noir).
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Adorée par Stephen King, Shirley Jackson compte quelques œuvres qui mêlent malaise, horreur et fantastique. J’ai pris Nous avons toujours vécu au château un peu au hasard : le titre et la couverture m’ont guidée mais en étudiant mieux la bibliographie de l’auteure, j’aurais peut-être opté pour un autre titre.
Ceci dit, cela reste sans regrets car j’ai lu ce court roman très étrange et j’ai été conquise ! Je lirai donc sans faute un autre roman de cette auteure américaine afin de découvrir davantage son univers, car cette première lecture est couronnée de succès. Le seul détail, c’est que ce roman n’est pas classé fantastique, ou plutôt, la narration en donne l’illusion.

Je ne cache pas que le premier chapitre était laborieux : on plonge dans l’univers de Mary Katherine, surnommée Merricat, une jeune femme emplie de haine pour les étrangers et aux comportements régis par des formules magiques. Difficile de suivre ce bout de femme un peu sorcière dès l’entrée d’un livre comme ça… D’autant plus que la magie est imaginaire : ni sort aveuglant, ni ensorcellement, pas même l’ombre d’un fantôme. Les sœurs Blackwood sont adeptes des potions à base d’herbes du jardin, grigris et pensées magiques, façon "sorcière blanche". Leur univers est étrange mais séduisant. Imaginez la famille Adams (beaucoup) moins nombreuse et avec plus de couleurs, moins gothique et plus proche de la nature : c’est la famille Blackwood.

Une fois approchées, les deux sœurs deviennent vraiment intéressantes et le mystère qui les entoure se dissipera ([spoiler] même si j’avais compris que c’était la jeune Merricat qui avait empoisonné toute la famille, mes lectures d’Agatha Christie ont fini par aiguiser mon instinct, ahah [/fin du spoiler]). Le lecteur n’est pas pour autant invité dans leur monde étrange : on reste sur le seuil de ce roman qui donnera naissance, à la fin, à une légende urbaine. Des détails échappent encore et il faut accepter que nous ne connaîtrons pas tout des sœurs Blackwood. Quand on referme le livre, le mystère se referme sur les deux sœurs.
Tant qu’on renonce à la logique et aux descriptions interminables qui installent le décor, Nous avons toujours vécu au château peut séduire malgré ses non-dits et ses secrets !

Une lecture originale et pleine de poésie macabre, narrée par un esprit sauvage et libre, inquiétant pour son ignorance des règles, attachante pour l’amour débordant qu’elle ressent pour sa sœur et son univers. Un roman vraiment sympathique que je conseille, mais seulement aux plus patients.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ça n’a rien à voir, mais je suis perturbée par le château de la couverture qui ressemble énormément au manoir dans Black Mirror… J’aimerais voir le vrai château, il a dû inspirer celui du jeu d’enquête.

En plus glauque, d’accord... Mais quand même !


2 commentaires:

  1. De même, suite à ton article je me suis procurée ce livre, et de toute évidence je tenterai d'autres textes de l'auteur. Étrange et captivant. Un peu comme Les destructeurs. Il marque l'esprit.

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  2. J'ai croisé ce titre deux fois en peu de temps. Il me tente ! Et en même temps, j'hésite tellement !

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