dimanche 10 septembre 2017

Passion et Repentir, de W. Wilkie Collins,

Sur le front franco-allemand, pendant la guerre de 1870, le hasard réunit deux jeunes Anglaises. Lorsqu’un obus frappe l’une d’elles, l’autre décide aussitôt d’usurper son identité pour rompre avec un passé infamant et vivre enfin une vie meilleure. Mais, très vite, les événements vont prendre un tour inattendu…
On peut faire confiance au génial Collins, rival et ami de Dickens, pour nous concocter une nouvelle fois un suspense diabolique et mettre à vif les nerfs de ses lecteurs. Ce féministe convaincu nous donne ici un de ses plus beaux portraits de femmes : celui de Mercy, pécheresse repentie et amoureuse, confrontée à toutes les bassesses et hypocrisies de la bonne société victorienne, mais qui finit néanmoins par accepter les plus durs sacrifices pour faire triompher le bon droit et la vérité.
Quatrième de couverture par Libretto.
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Avec ce titre digne d’un classique de la collection Harlequin, dur de croire que Passion et Repentir a été écrit par le pionnier du thriller Wilkie Collins, d’autant plus qu’il n’a rien à voir avec le titre en version originale. Mais le choix du traducteur n’est pas totalement injustifié : si Passion et Repentir n’est pas une romance qui pourrait se glisser dans la bibliographie de Nora Roberts, c’est vrai que la douceur et la brièveté de cette histoire surprennent quand on connaît quelques œuvres du juriste Collins.

Effectivement, avec ses études de droit, on sent que Collins ressort quelques cours et notions dans ses romans comme dans Sans Nom. Ici, les lois sont moins décortiquées et c’est la morale qui est mise en avant : Mercy Merrick est une femme noble dans l’âme mais pas dans la condition, son passé souillé (il en fallait peu à l’époque, ceci dit, pour être souillée… Genre, vivre dans un orphelinat ou un foyer) lui rend la vie dure et la jeune femme profite d’un coup du sort pour se hisser dans la société. Est-elle vraiment bien intentionnée ou est-ce seulement par égoïsme que Mercy Merrick prend le nom de Grace Roseberry ?
L’auteur fait surtout de Passion et Repentir un roman socialiste et révèle le caractère des personnes en ignorant leur rang social : les plus démunis, les pauvres des plus basses extractions peuvent briller par leur bonté, leur fierté tandis que les plus riches peuvent être mesquins, vulgaires… Mais si je comprends l’intention de Wilkie Collins en prenant en compte l’époque où ce message pouvait plus chambouler qu’aujourd’hui, l’auteur tombe malheureusement dans un piège que je ne pardonne pas : le manichéisme. Tout est soit tout noir, soit tout blanc au fur et à mesure que la lecture avance et le message perd en valeurs.

Par chance, les personnages sont plutôt agréables, avec une grande préférence pour Lady Janet qui ne manque décidément pas de piquant et ce dès le début :
« – Ma table n’est pas celle du club, fit-elle observer. Redressez la tête. Cessez de contempler votre fourchette – regardez-moi. Je ne permets à personne d’être démoralisé dans ma demeure. Je considère que c’est désobligeant pour moi. Si la vie paisible que nous menons ici ne vous convient pas, dites-le franchement et trouvez-vous autre chose à faire. Je suppose que ce ne sont pas les emplois qui manquent, pour peu que vous y postuliez ? Inutile de sourire. Je ne veux pas voir vos dents, je veux une réponse. »
P. 68

Mais c’est la seule qui possède vraiment un relief psychologique, quant au reste, il faudra surtout se concentrer sur les relations et les rebondissements. C’est ce qui fait la force du roman d’ailleurs : les rebondissements et le suspense. Wilkie Collins joue avec les nerfs de ses lecteurs et on a hâte de voir comment cette histoire va se conclure.

Pressés par l’intensité, les lecteurs risquent de tourner les pages à toute allure malgré quelques moments de mou où on en peut plus. Bien que ce soit un roman du XIXème, il est très facile à lire, Passion et Repentir pourrait même être une pièce de théâtre.


Pas mon Wilkie Collins préféré, loin de là, mais un roman agréable et qui se lit rapidement. Au moins, Passion et Repentir défendait les petites gens à une époque où une condition éclipsait les qualités d’une personne, bien plus qu’aujourd’hui.

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée 18 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• C’est toutefois dommage que le titre Passion et Repentir ne fasse pas honneur au titre original The New Magdalen, car Magdalen est la version anglicisée de Madeleine, faisant référence à Marie Madeleine qui est évoquée à plusieurs moments. Le titre original renforce l’intention de l’auteur quand le titre français appuie le côté sentimental et la morale.


mardi 5 septembre 2017

Nous avons toujours vécu au château, de Shirley Jackson,

« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantegenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés. »
Quatrième de couverture par Rivages (Noir).
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Adorée par Stephen King, Shirley Jackson compte quelques œuvres qui mêlent malaise, horreur et fantastique. J’ai pris Nous avons toujours vécu au château un peu au hasard : le titre et la couverture m’ont guidée mais en étudiant mieux la bibliographie de l’auteure, j’aurais peut-être opté pour un autre titre.
Ceci dit, cela reste sans regrets car j’ai lu ce court roman très étrange et j’ai été conquise ! Je lirai donc sans faute un autre roman de cette auteure américaine afin de découvrir davantage son univers, car cette première lecture est couronnée de succès. Le seul détail, c’est que ce roman n’est pas classé fantastique, ou plutôt, la narration en donne l’illusion.

Je ne cache pas que le premier chapitre était laborieux : on plonge dans l’univers de Mary Katherine, surnommée Merricat, une jeune femme emplie de haine pour les étrangers et aux comportements régis par des formules magiques. Difficile de suivre ce bout de femme un peu sorcière dès l’entrée d’un livre comme ça… D’autant plus que la magie est imaginaire : ni sort aveuglant, ni ensorcellement, pas même l’ombre d’un fantôme. Les sœurs Blackwood sont adeptes des potions à base d’herbes du jardin, grigris et pensées magiques, façon "sorcière blanche". Leur univers est étrange mais séduisant. Imaginez la famille Adams (beaucoup) moins nombreuse et avec plus de couleurs, moins gothique et plus proche de la nature : c’est la famille Blackwood.

Une fois approchées, les deux sœurs deviennent vraiment intéressantes et le mystère qui les entoure se dissipera ([spoiler] même si j’avais compris que c’était la jeune Merricat qui avait empoisonné toute la famille, mes lectures d’Agatha Christie ont fini par aiguiser mon instinct, ahah [/fin du spoiler]). Le lecteur n’est pas pour autant invité dans leur monde étrange : on reste sur le seuil de ce roman qui donnera naissance, à la fin, à une légende urbaine. Des détails échappent encore et il faut accepter que nous ne connaîtrons pas tout des sœurs Blackwood. Quand on referme le livre, le mystère se referme sur les deux sœurs.
Tant qu’on renonce à la logique et aux descriptions interminables qui installent le décor, Nous avons toujours vécu au château peut séduire malgré ses non-dits et ses secrets !

Une lecture originale et pleine de poésie macabre, narrée par un esprit sauvage et libre, inquiétant pour son ignorance des règles, attachante pour l’amour débordant qu’elle ressent pour sa sœur et son univers. Un roman vraiment sympathique que je conseille, mais seulement aux plus patients.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Ça n’a rien à voir, mais je suis perturbée par le château de la couverture qui ressemble énormément au manoir dans Black Mirror… J’aimerais voir le vrai château, il a dû inspirer celui du jeu d’enquête.

En plus glauque, d’accord... Mais quand même !


samedi 2 septembre 2017

Life is Strange : Before the Storm, Épisode 1 Éveille-toi,

Life is Strange: Before the Storm est un jeu d’aventure où vous incarnez Chloe Price, une adolescente de 16 ans en pleine rébellion qui noue une amitié inattendue avec Rachel Amber, belle, populaire, et promise à un avenir radieux. Lorsqu’un secret de famille plonge l’univers de Rachel dans le chaos, leur nouvelle amitié leur donnera la force de faire face à leurs démons.
Quatrième de couverture par le site officiel.
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En sachant qu’une "suite" allait compléter l’aventure Life is Strange sous le titre de Before the Storm, je me suis jetée de nouveau sur ce jeu qui avait bercé mon automne il y a deux ans afin de me rafraîchir la mémoire.
Life is Strange avait été une vraie surprise qui réunissait beaucoup de qualités : un design original, une histoire émouvante, un gameplay unique basé sur le voyage temporel… De plus, le cadre scolaire et la légère note de science-fiction avaient séduit un grand nombre de joueurs. Sans oublier les personnages, notamment la punk Chloe Price. Qui n’avait pas réussi à m’émouvoir, ceci dit...


Chloe Price partage pas mal la scène avec son amie d’enfance Max Caufield dans le premier opus, mais si la petite nerd timide avait réussi à me charmer (selon les choix, Max gagne beaucoup en complexité), sa pote aux cheveux bleus limite drama queen me tapait sur les nerfs. Le fait que Before the Storm soit du point de vue de Chloe quelques années avant Life is Strange me laissait donc indifférente.
Mais là, j’avoue, je redécouvre le personnage ! L’incarner donne un vrai sentiment de liberté : Chloe s’en fout, Chloe détruit tout et à travers elle, on peut pendant quelques heures de jeu se moquer éperdument de toutes les règles. Tenir tête au principal du lycée, frapper du punk bourré, voler, insulter… Si la tornade dans Life is Strange était réelle, celle de Before the Storm est imagée mais cela ne l’empêche pas de bouillir chez l’adolescente.


Ce cadre qui réunit drogues, concerts dans des lieux miteux, tags salaces et adolescence tourmentée fait que Before the Storm offre une toute autre ambiance que celle de Life is Strange ! Max Caufield, introvertie, effacée mais portée sur l’art photographique, observait avec un œil doux et songeur : le jeu relaxait avec ce beau crépuscule et ces musiques indie.
Mais dans Before the Storm, au revoir les biches et polaroid vintage, place aux corbeaux, bouteilles de bière, nuits étoilées et déchetteries ! La playlist n’est pas violente, c’est du punk-rock accessible à tous, mais cela suffit pour apporter un nouveau ton. Ce qui justifie la prévention "interdit aux moins de 16 ans", ce n’est pas à cause de la musique, on n’entend ni The Distillers, ni Cannibal Corpse, c’est plutôt à cause des sujets abordés : la drogue n’est pas censurée, les gros-mots sont aussi nombreux que les bulles d’une bière bien fraîche, le sexe et la sexualité sont abordés sans tabou (petite référence à la masturbation d’ailleurs sans aucun fard).
Si Before the Storm se passe trois avant Life is Strange, le jeu semble curieusement plus mature.


Jusque-là, la trame "adolescence difficile" se reconnaît : Chloe Price, tourmentée par un sentiment d’abandon, rencontre Rachel Amber (que j’avais hâte de rencontrer et que j’ai maintenant hâte de connaître) et une connexion rapproche les deux jeunes filles dans les aléas horribles auxquels on fait face quand on a 16 ans. Qu’en est-il alors du côté science-fiction qu’apportait Max en contrôlant le temps ? C’est encore trop tôt pour se prononcer : Éveille-toi n’accueille ni animal totem, ni pouvoir surnaturel, ni rêve prémonitoire… pour l’instant. Maintenant, allez savoir : il y a encore deux chapitres pour découvrir un phénomène ou un don.


Ce que je retiens d’Éveille-toi, c’est que ce premier chapitre a réussi à me réconcilier avec la tête brûlée qu’est Chloe Price et confirme le talent des scénaristes pour les dialogues. Le rythme pourra sembler un peu long tout d’abord mais la fin promet de beaux rebondissements, surtout quand on s’attache à ce duo mythique que formaient Rachel et Chloe. , c’est simple : Life is Strange m’avait tiré quelques larmes à partir du chapitre 4 Dark Room, Before the Storm m’a émue dès la fin du premier chapitre. Donc c’est sûr : la sauce prend !
De plus, la beauté est toujours au rendez-vous, alors que demander de plus ?

Comme pour Life is Strange, Before the Storm impose une multitude de choix, vous pouvez comparer ce que vous avez fait dans votre partie avec la mienne (et bien sûr, pas de lecture avant d’y jouer au risque de vous spoiler !) :

             Quelques anecdotes sur ce jeu,
Life is Strange est un jeu en cinq chapitres, sa préquelle Before the Storm est prévue en trois épisodes.
Life is Strange : Before the Storm apporte du changement ! Les développeurs ne sont plus les mêmes : on passe des mains de Dontnod à celles de Deck Nine Games. De plus, si on retrouve beaucoup de personnages du premier Life is Strange, aucun doubleur ne revient pour leur rôle.
• Il va de soi qu’il vaut mieux jouer à Life is Strange d’abord : non pas qu’il y ait une connexion vraiment directe, surtout dans ce premier chapitre, mais Éveille-toi est bourré de références et vous dompterez mieux le jeu en connaissant l’univers. Ma chronique du premier chapitre de Life is Strange ici !
• Tous les screens de cette chronique appartiennent à ma partie.


Avec affection !

mercredi 23 août 2017

Coldheart Canyon, de Clive Barker,

Star de cinéma sur le déclin, Todd Pickett décide, afin de s’acheter quelques mois supplémentaires au sommet du box-office, de recourir discrètement à la chirurgie. Le résultat, catastrophique, l’oblige à trouver en urgence une demeure à l’écart du feu des projecteurs. Ce sera Coldheart Canion, l’ancienne résidence de Katya Lupi, gloire de l’âge d’or hollywoodien dont on disait qu’elle y donnait autrefois des soirées de débauche très prisées par le gotha mondain. De découvertes étranges en surprises macabres, Todd s’apercevra – à des dépens – que les rumeurs étaient bien en deçà de la réalité.
Quatrième de couverture par J’ai Lu, Fantastique.
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« « Tu n’as qu’à mettre fin à tes jours », me répondit-il. À l’entendre, c’était si simple. « Tranche-toi la gorge. Dieu comprend.
— Il comprend ?
— Bien sûr. Ce monde, c’est l’Enfer Regarde autour de toi. Que vois-tu ? »
Je lui dis ce que je voyais. Le feu, la fumée, la terre noircie.
« Qu’est-ce que je te disais ? répondit-il. C’est l’Enfer. » »
P. 66

Si j’ai commencé à découvrir Clive Barker avec son roman le plus connu, Hellraiser, il ne s’agit pas du plus populaire. Curieusement, j’avais Coldheart Canyon depuis plus longtemps dans ma PAL mais j’avais repoussé la lecture sur plusieurs années... J’ai finalement dévoré cette petite merveille et si Hellraiser n’était pas assez abouti à mon goût, cette seconde lecture vient renforcer mon idée que Clive Barker est un auteur talentueux.

Quand nous lisons du Clive Barker, quand nous lisons du splatter-punk, c’est que nous sommes à la recherche de frissons, d’horreur qui dépasse l’entendement avec en même temps des thèmes très humains. Et l’auteur parvient à nous entraîner dans un monde totalement inconnu où les délires se multiplient à travers les rêves, les visions et les fantasmes. Quelques points de repère sont toutefois nécessaires et le lecteur suit un fil conducteur qui s’affiche d’emblée : la quête de la plastique parfaite, celle que possèdent les grandes stars hollywoodiennes, celle qui, une fois sur pellicule, est à l’abri du temps et ne peut pas être altérée.
Le sujet de l’âge d’or hollywoodien est omniprésent et ce, jusqu’au style littéraire : métaphores et comparaisons tournent autour de cet univers audiovisuel. L’histoire se déroule sur les pages avec autant de fluidité qu’un film se déroule sur une pellicule.

Les étudiants et passionnés de cinéma se régaleront de reconnaître certains visages…
Les lecteurs croiseront Clara Bow, Rudolph Valentino, Mary Pickford ou encore Douglas Fairbanks, 
mais sous quelle forme ?


Avec un thème aussi intéressant, j’ai vite été emportée. Ce thème très humain se mêle au fur et à mesure à un monde occulte et leur association est d’un charme troublant. Il va falloir, comme quand vous êtes face au surnaturel, accepter ce qui échappe à la logique, ce qui surprend et renverse les lois de la nature. Si vous laissez Clive Barker vous prendre par la main, il y a de grandes chances que vous soyez enchanté !
Des moments ont été particulièrement marquants et sont en même temps chargés de poésie quand ils sont beaux ou au contraire, horribles quand la peur et la violence s’en mêlent ! Je pense à une certaine fuite dans l’océan, la mort très fleurie (littéralement) de quelqu’un… Vous découvrirez de beaux passages écrits avec soin.

Une merveilleuse découverte qui marie très bien l’horreur, l’art, les forces démoniaques et la nature humaine. Autant dire que le résultat est curieux mais efficace ! Si tous les éléments vous séduisent, lisez cette perle !

Grâce à la couverture, je peux valider l’idée numéro 30 du Challenge des 170 Idées (c’est une bien belle chaise d’ailleurs) :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Clive Barker a perdu son père alors qu’il commençait à écrire Coldheart Canyon : ce roman était au départ plus bref, finalement, après son deuil, l’auteur a repris le projet et s’est rendu compte que cette histoire s’est amplifiée pour devenir un beau pavé bébé.


lundi 21 août 2017

Journal intime d'un vampire en pyjama, de Mathias Malzieu,

Journal intime tenu durant l'année où M. Malzieu a lutté contre la maladie du sang qui a altéré sa moelle osseuse et la mort personnifiée, Dame Oclès.
Résumé de Babelio.
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Cela fait plus d’un an que j’ai lu ce livre, plus exactement, je l’ai acheté et lu immédiatement sur le chemin du retour en Avril 2016. Sauf que nous sommes en Août 2017 et je n’avais toujours pas écrit de critique pour Journal d’un vampire en pyjama et ce, pour deux raisons : déjà, ce n’est pas un livre classique que l’on peut commenter comme n’importe quelle fiction, ensuite, j’ai un avis mitigé.

Si j’ai aimé la plume de Mathias Malzieu (comme toujours !), admirant les jeux de mots, les métaphores et la poésie des mots choisis, j’ai, ironiquement, pris trop cette histoire à cœur pour vouloir me faire emporter. Bien sûr que l’auteur a besoin de prendre du recul en fuyant une réalité terrifiante avec une imagination d’enfant (comme dans Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi), de mon côté, en tant que lectrice, ce besoin de créer un nouveau monde littéraire alors qu’une maladie menaçait la vie de Mathias Malzieu m’inquiétait : tout le long de ma lecture, je me demandais si l’auteur avait conscience du danger ?
On pourrait partir dans des discussions hautement philosophiques : bien sûr qu’un patient a besoin de fuir la réalité, la technique de l’autruche est courante, un recul avec une pointe artistique n’empêche pas la prise de conscience… Mais c’est malheureusement l’impression que j’ai eu pendant ma lecture, n’arrivant pas à oublier la gravité et ne voulant pas plonger, pour une fois, dans l’imagination de l’auteur.

Forcément, je me doutais que le roman se terminerait bien : Mathias Malzieu est toujours vivant, son besoin de composer ne risquait pas d’être fatal et je me raccrochais à ce point pour me dire que le côté lyrique du roman était finalement nécessaire.
Autre chose sera nécessaire avant de lire Journal d’un vampire en pyjama : lire les autres œuvres de Malzieu, surtout les romans phares comme La Mécanique du Cœur ou Métamorphose en bord de ciel, car certaines références vous échapperont si vous vous lancez dans cette aventure avant les autres.


Enfin bon, je râle, je fais la mère poule ou la fangirl au choix (enfin ça peut être n’importe qui : un proche ou un ami, je l’aurais ligoté pour l’empêcher de travailler) mais j’ai quand même apprécié ma lecture : Mathias Malzieu partage quelques éléments de sa vie et certains moments m’ont émue (la rupture avec Olivia Ruiz, par exemple). Cette autobiographie est très originale, partageant aussi bien un peu de vie privée que d’esprit artistique : le mélange est efficace et charmera les lecteurs.

Un livre donc difficile à commenter car si Mathias Malzieu ne faisait pas la part entre l’homme et l’artiste (mais le devait-il ? Pas forcément), j’ai eu du mal à réconcilier la lectrice qui aime les mots et celle qui se préoccupe de la santé d’un autre. Si je m’en tiens à un commentaire purement littéraire, je peux dire tout de même que la maladie n’a pas réussi à ôter le talent de conteur que possède Mathias Malzieu.
Une belle lecture que les fans du chanteur de Dionysos doivent lire.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• J’étais surprise avec les dates : j’ai rencontré Mathias Malzieu en mai 2014 alors que l’auteur était encore en traitement. Comme quoi, on ne remarque pas toujours quand une personne est souffrante… même si j’avais vu le gel hydroalcoolique, mais comme j’en utilise souvent aussi, hein ! Un vampire maniaque qui en rencontre un autre, c’est comique.


samedi 19 août 2017

Suite Française, d'Irène Némirovsky,

Écrit dans le feu de l’Histoire, Suite française dépeint presque en direct l’exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique des familles françaises de toute sorte, des plus huppées aux plus modernes. Avec bonheur, Irène Némivorsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d’une population en déroute. Cocottes larguées par leur amant, grands bourgeois dégoûtés par la populace, blessés abandonnés dans des fermes engorgent les routes de France bombardées au hasard… Peu à peu l’ennemi prend possession d’un pays inerte et apeuré. Comme tant d’autres, le village de Bussy est alors contraint d’accueillir des troupes allemandes. Exacerbées par la présence de l’occupant, les tensions sociales et les frustrations des habitants se réveillent…
Roman bouleversant, intimistes, implacable, dévoilant avec une extraordinaire lucidité l’âme de chaque Français pendant l’Occupation, enrichi de notes et de la correspondance d’Irène Némirovsky, Suite française ressuscite d’une plume brillante et intuitive un pan à vif de notre mémoire.
Quatrième de couverture par Folio.
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« Ils lui parlaient dans leur langue, et [la servante] disait d’un air fier :
— Je comprends-t-y votre charabia, moi ?
Mais au fur et à mesure que les portes ouvertes laissaient entrer un flot sans cesse renaissant d’uniformes verts, elle se sentait grisée, anéantie, sans résistance, et ne réagissait plus que par de faibles cris, des « Non, mais voulez-vous me laisser, à la fin ? En voilà des sauvages ! » aux sollicitations ardentes. »
P. 318

Commencé un an après la sortie du film (mais j’avais découvert le roman en cours, nah) et donc quelques mois après l’attaque du Bataclan. À cause de cet événement, je n’avais pas eu le cœur de vraiment entrer dans Suite Française : ce roman est authentique historiquement parlant et la peur que transmet Irène Némirosky faisait écho à celle qui été communiquée par les médias.
À la place, j’avais préféré me plonger dans le second tome du Paris des Merveilles pour m’enfuir dans une ville féerique.
Mais j’ai repris ma lecture avec un autre état d’esprit et j’avoue que j’ai beaucoup aimé, quoiqu’un petit peu déçue : il s’agit d’un roman inachevé et ça se sent, car il n’a ni début, ni conclusion et laisse un peu une impression d’essai. Écrit pendant l’Occupation allemande, Irène Némirovsky ne pouvait bien évidemment pas avoir le même recul que les auteurs qui ont survécu à cette période : pas de date, pas de situation très explicite, pas d’événement historique. Suite Française est un témoignage émotionnel avant tout.

Forcément, cette émotion est ce qui est le plus authentique dans ce livre : les français, effrayés et traqués, cherchent à fuir, à survivre quitte à se marcher dessus. C’est l’ambiance de la première partie intitulée Tempête en Juin. Quant à la seconde partie, Dolce, est plus mélancolique : l’ennemi s’est imposé avec ses grosses bottes et son costume austère et les français doivent faire avec. Pourtant, la cohabitation existe et Némirovsky porte un regarde presque bienveillant sur les opposants, ébauchant même une idylle pudique et tragique. Une initiative osée pour l’époque et attendrissante : même une femme de l’époque avait compris que les soldats nazis étaient plus que des uniformes et n’adhéraient pas forcément au mouvement lancé par Hitler.
Les événements, perçus par les civils et les soldats qui parcourent la ville, offrent un point de vue différent de celui des champs de bataille. Quoiqu’on rencontre un tout autre combat.

Un roman difficile à lire avec son authenticité, son témoignage nuancé… Mais qu’on peut apprécier grâce à la plume soignée d’Irène Némirovsky, attentive car capable de dépeindre le monde et la nature humaine.
Une lecture à placer entre toutes les mains qui cherchent des livres sur la Seconde Guerre mondiale, mais je vous conseille aussi vivement Seul dans Berlin !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il y a également tout un roman autour de Suite française : Irène Némirovsky, d’ascendance juive, a été ciblée par le régime nazi. L’auteure avait écrit son roman mais ne l’avait pas achevé et encore moins publié à cause des restrictions, son origine juive étant connue et ce, malgré un baptême catholique le 2 février 1939. Le 13 juillet 1942, Irène Némirovsky se fait arrêter par la gendarmerie et part, le 17 juillet, pour Auschwitz-Birkenau. "Par chance", elle décède un mois plus tard du typhus ou de la grippe (il y a exactement 75 ans aujourd’hui en fait). Mais son mari, Michel Epstein, ignorant son décès, tente de la faire libérer. Attirant l’attention sur lui, il se fait également arrêter pour être déporté à Auschwitz et y sera gazé le 6 novembre 1942.
Si Suite Française est publié aujourd’hui, c’est grâce aux deux filles de l’auteure qui retrouvent le manuscrit dans une valise à la fin des années 1990.
• Irène Némirovsky reçoit le prix Renaudot en 2004 pour Suite Française à titre posthume.
• Un petit détail que j’aime bien qu’il soit très anodin : le titre anglais n’a pas été traduit et les éditions anglophones portent aussi "Suite Française".


vendredi 18 août 2017

Walhalla, de Graham Masterton,

Craig et Effie Bellman sont tombés sous le charme de Walhalla, une superbe demeure dans la vallée de l'Hudson. Qu’importe ce que l’on peut raconter sur l’ancien propriétaire, Jack Bélias, milliardaire excentrique et joueur invétéré, qui se serait suicidé dans des circonstances mystérieuses en 1937 ! Qu’importe si la maison est en ruine ! Ils ont décidé de l’acheter et de la restaurer.
Mais, bientôt, des phénomènes étranges commencent à se produire. Craig lui-même est en train de changer. Comme si la personnalité démoniaque de Jack Bélias prenait par moments possession de lui.
Résumé trouvé sur LivrAddict.
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« Gut ist der Schlaf, der Tod ist besser. »
P. 85

J’ai préféré reprendre le résumé que la fiche sur LivrAddict propose car la quatrième de couverture de mon édition en dévoile trop. Alors certes, certains me diront « mais c’est le schéma classique : un couple qui traverse une phase difficile tente de prendre un nouveau départ avec une magnifique demeure qui est dans leurs moyens et patatra, un fantôme/démon/esprit prend possession du mari qui devient odieux et tente d’assassiner sa femme ».
Ouais, ok, c’est une trame vue, revue et rerevue. Mais premièrement : c’est mon point faible, c’est typiquement une histoire qui s’inscrit dans le gente splatterpunk et je marche à tous les coups, deuxièmement : certains rebondissements surprennent et n’ont pas besoin d’être dévoilés dans le résumé, l’histoire connaîtra une évolution que les lecteurs ne pourront pas vraiment prédire, c’est l’avantage d’une histoire de fantômes : l’imagination de l’auteur et ses interprétations font que Walhalla se démarque des autres histoires d’horreur.

Ce qui compte finalement dans ce genre littéraire, c’est l’atmosphère et celle de Walhalla est tendrement mijotée avec précision par Graham Masterton, enrobée par des théories spirituelles originales et qui concernent les fantômes et les démons. Avec tout ce soin, le secret de la demeure nommée Walhalla est bien conservé et sera coriace à vaincre.

Au milieu de ce drame, les acteurs sont assez étranges : Effie Bellman m’a touchée dans sa condition de "Madame Craig Bellman" à l’ancienne où la femme soutient et se tait. Je me souviens d’une critique sur GoodReads qui reprochait un côté franchement misogyne dans Walhalla : si je comprends cette impression, je ne suis pourtant pas entièrement d’accord. Certaines réflexions peuvent blesser, notamment un passage où un homme explique que « si une femme reste avec un homme qui la bat, c’est qu’elle se sent exister à travers ces coups » (bon, la critique dit que ce n’est même pas quelqu’un de détestable qui sort ça, moi, je le trouvais plutôt désagréable et dérangé en fait…). Mais cela ne vaut pas pour autant dire que Graham Masterton est macho et réduit les femmes plus bas que terre, d’autant plus que les hommes dans le roman ne renvoient pas une très belle image non plus. D’ailleurs, aucun ne m’a réellement séduite.
Dans Walhalla, les hommes ont soif de pouvoir et se servent des femmes, tandis que les femmes sont à la recherche de liberté tout en étant tiraillées par leur amour pour épauler leur époux. Mais certains personnages évolueront et Effie Bellman deviendra de plus en plus intéressante. Ne vous laissez pas refroidir et retenez surtout qu’il s’agit d’un roman d’horreur qui vire vers le sale et ni les hommes, ni les femmes sont là pour être plaisants. Quoiqu’il y a Pepper Moriarty qui est sympathique !


Un récit d’horreur très sympa qui possède des moments douloureux et terrifiants, le final est assez explosif et je ne regrette pas cette lecture qui ravira aussi les amateurs d’horreur des années 80 et 90.

Grâce aux flammes, je valide l’idée 143 du Challenge des 170 Idées :

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le livre n’est actuellement plus édité : les liens proposés ci-dessous sont donc des livres d’occasion, vérifiez bien les prix !

mercredi 16 août 2017

La Voix Secrète, de Michaël Mention,

Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe, la police enquête sur des meurtres d’enfants. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, vers le célèbre poète et assassin Pierre-François Lacenaire. Incarcéré à la Conciergerie, ce dernier passe ses nuits à rédiger ses Mémoires en attendant la guillotine. Alors que les similitudes entre ces crimes et ceux commis par Lacenaire se confirment, Allard décide de le solliciter dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et le criminel s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation, qui les entraînera tous deux dans les bas-fonds d’un Paris rongé par la misère et les attentats.
Un roman historique inspiré des derniers jours du célèbre Lacenaire, signé par une étoile montante du roman noir français.
Quatrième de couverture par 10|18, Grands détectives.
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« – Expliquer… c’est la mode. À trop réfléchir le crime, on risque de le rendre acceptable. »
P. 74

J’avoue que, malgré ma passion pour la criminologie, je n’avais jamais entendu parler de Pierre-François Lacenaire. Pourtant, il était aussi connu à la moitié du XIXème siècle que l’est Emile Louis aujourd’hui. À la différence près que Lacenaire a divisé l’opinion publique et que d’autres écrivains l’ont défendu, décrit comme un visionnaire, un génie, époque du romantisme oblige : Pierre-François Lacenaire était un meurtrier, mais aussi un poète. Et ses actes révoltants, qui ont ébranlé la société, ont plu à des auteurs comme Baudelaire ou Théophile Gautier.
Forcément, avec la découverte de ce personnage, je voulais lire La Voix Secrète.

La Voix Secrète est un savant mélange d’Histoire et de thriller. "Thriller", ai-je bien écrit "thriller" ? Oui, car si vous voulez un vrai policier avec un crime, des victimes, un/des coupable/s et une enquête pour démêler tout ça, La Voix Secrète n’est pas pour vous. L’horreur réaliste prend le pas sur la réflexion, le récit transmet la peur d’une menace, d’un tueur qui rôde. Les indices n’ont finalement que peu d’importance et la conclusion sera bien différente d’un Agatha Christie ou d’un Anne Perry.

J’avoue avoir été surprise mais je n’ai pas détesté grâce aux personnages : ils sont pudiques et à peine effleurés par la plume de Michaël Mention, et pourtant, ça suffit pour les découvrir et les connaître. Ironiquement, c’est Pierre-François Lacenaire qui m’a le moins touchée, à l’inverse de Canler que j’ai absolument adoré.
Michaël Mention, entendez-moi, si vous hésitez à écrire un autre roman avec de nouveau Canler et Allard, allez-y, allez-y, allez-y, je me jetterai dessus. Suite ou préquelle, je prends.
La Voix Secrète parle surtout des préoccupations d’hommes vivant en 1835 : la monarchie bancale que mène Louis-Philippe Ier, la lutte incessante des classes, la pression sur les forces de l’ordre quand des corps sont découverts, l’addiction… Si vous cherchez un saut vers Décembre 1835, le roman vous offrira ce voyage temporel avec quelques traits exagérés, certes, mais qui contribuent à l’atmosphère glaçante.
Il y a même un moment assez effrayant, vous reconnaîtrez le passage si je vous dis : « très froid pour conserver la viande ».

Pas une histoire qui fera fonctionner vos méninges à toute allure, mais un roman historique qui semble authentique et qui appelle à la réflexion. Je n’aurais pas craché sur une centaine de pages en plus non pas pour la fin de l’énigme mais pour profiter davantage de la présence de Pierre Allard et son ami Canler.
Donc je réitère ma prière : entendez-moi, un nouveau roman avec ces deux personnages très prometteurs !

Murder in the House (1890) de Jakub Schikaneder.

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Il y a un véritable travail autour des mémoires de Pierre-François Lacenaire (qui existent vraiment et que vous pouvez lire) : à travers La Voix Secrète, on peut en découvrir des extraits et l’hypothèse, fort plausible, de l’auteur comme quoi les mémoires ont été trafiquées avant d’être publiées. Reste à savoir si un jour les experts pourront avoir la version authentique des mémoires d’un meurtrier dandy.