mercredi 13 décembre 2017

Fils de Sam, de Michaël Mention,

Été 1977. L’Amérique croit avoir tout subi : assassinat de JFK, émeutes, fiasco au Vietnam, crise économique. Meurtri dans sa chair et saigné dans ses ambitions, le pays est à genoux. New York aussi, soumise à une canicule sans précédent, au blackout et à son bourreau.
Un tueur mystérieux qui rôde la nuit et décime la jeunesse avec son revolver. Un prédateur unique dans la sphère des tueurs en série, défiant les autorités, les médias et le pays tout entier. Cette affaire criminelle a fait l’objet d’un film, Summer of Sam, réalisé par Spike Lee avec Adrien Brody, mais tout n’a pas été exploré...
Pour la première fois en France, un auteur retrace cette stupéfiante enquête, méconnue en Europe, à travers de nouveaux axes d’investigations. Entre document et thriller, Fils de Sam vous fait revivre la croisade du « Tueur au calibre .44 » à la faveur de nombreux documents et photos qui en font bien plus qu’un livre : un ouvrage qui se lit comme un film, en immersion dans la tête de l’un des tueurs les plus complexes. Une plongée au cœur des États-Unis du rock au disco, du L.S.D. à la C.I.A., d’Hollywood au satanisme… portrait d’une nation à travers l’un de ses exclus, devenu icône des serial killers.
Quatrième de couverture par Ring.
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« Yonkers, la ville où les morts pensent encore être vivants. »
P. 20

Si vous osez sortir le dicton "Les chiens sont les meilleurs amis de l’homme", il est probable que David Berkowitz éclate de rire ou vous plante une balle entre les deux yeux, au choix. Surnommé par les médias américains Son of Sam (Fils de Sam), ce tueur avait un mode opératoire curieux : sortir au hasard et tirer sur des jeunes femmes (de préférence) avant de s’enfuir des lieux du crime. Mais ses motivations sont encore plus curieuses : le chien de son voisin lui a ordonné ces meurtres.
Et le tueur au calibre 44 a des choses à raconter.

Plus qu’un roman sur David Berkowitz écrit par Michaël Mention, Fils de Sam est également une autobiographie morcelée, entrecoupée par des explications historiques, sociologiques et criminologiques de Michaël Mention : une nécessité pour améliorer l’immersion dans le New-York des années 70.
Si Michaël Mention est un auteur doué, il a de la concurrence avec David Berkowitz ! (quoique, s’il s’est chargé de la traduction, le duel est faussé)
Le début peut sembler long toutefois : le cadre a besoin d’être dressé (on se demande le rapport avec l’apparition des sectes aux États-Unis et les crimes de Son of Sam) et ressemble aux recherches d’une enquête. Mais une fois qu’on rentre dans le vif du sujet, les auteurs nous entraînent dans un tourbillon de folie et de lucidité.
Un paradoxe que je peux expliquer avec une des nombreuses citations qui m’ont marquée :
« Une employée apparaît, chétive. Enfoncé dans le siège, je la regarde passer entre les rangs avec un balai et un sac poubelle. Il est déjà plein ; elle a fait d’autres salles avant. Les gens sont crades. Sous prétexte qu’ils ont payé, ils se croient tout permis. Je me demande depuis quand c’est comme ça. À partir de quel moment l’humanité a préféré la dégénérescence au progrès. Ce jour précis, où la société a choisi de devenir une usine de croutons grossiers et assistés.
Je ne juge pas, je constate. Je serais mal placé pour juger, car je sais ce que j’ai fait. J’ai tué. »
P. 166

C’est assez perturbant de constater qu’on a déjà eu ce genre de pensées, que l’on partage donc avec un tueur en série. Mais en lisant le récit de Berkowitz, on se souvient d’une chose : les meurtriers, même les plus cruels et les plus sanguinaires, sont également des êtres humains. Ils ne sortent ni de l’Enfer, ni de mondes inconnus : ils sont faits de chair et de sang, de pensées et d’une psychologie.
Mais attention : David Berkowitz ne se cherche pas d’excuse, pas plus que Michaël Mention ne pousse son lecteur à pardonner. Il s’agit de faits rapportés et d’explications proposées : un témoignage du criminel qui change des témoignages des victimes.

Pourtant, malgré moi, j’avoue que j’ai été touchée par le récit de Berkowitz : sa façon de penser, sa vision du monde, ses complexes… Après, de tous les tueurs en série de la seconde moitié du XXème des États-Unis, David Berkowitz fait nounours à côté de Ted Bundy ou Jeffrey Dahmer : être sensible à son histoire n’est pas très difficile finalement.
Beaucoup de tueurs, Ted Bundy inclus, se sont repentis (ou ont fait mine de le faire) de leurs crimes, implorant pardon et pitié. David Berkowitz tient un discours similaire durant l’épilogue, mais plutôt que de réclamer pardon à ses lecteurs, il se réclame son propre pardon et semble souffrir de son passé. Et quelque part, j’espère que c’est un repentis sincère, je veux le croire.

Fils de Sam est un mixte entre monologue intérieur et documentaire efficace : une véritable approche dans la tête d’un tueur en série, une plongée dans des années difficiles, déprimantes qui ont marqué New-York. Un livre qui complète parfaitement des lectures criminologiques et une curiosité non pas malsaine mais parfaitement humaine.
Une lecture vraiment passionnante que j’ai déjà conseillé à beaucoup de gens et je relirais très souvent des citations qui m’ont frappée.
« D’ordinaire, un gars comme moi n’aurait pas fait dix pas sans se faire agresser. Là, les gens étaient trop occupés à piller les vitrines. Téléviseurs, meubles, machines à laver… j’ai vu ce que certains appellent la « société de consommation », je l’ai vue se disputer un manteau et se battre à mort pour un fauteuil. La misère rend con. J’avais beau le savoir, ça m’a surpris. »
P. 264

Grâce au taxi sur la couverture, je peux valider l’idée 61 du Challenge des 170 idées !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• J’ai rigolé avec plaisir à la page 383 quand Berkowitz écrit : « J’ai été examiné par des centaines de psys, interviewé par autant de flics et de spécialistes. Il y a une trentaine d’années, j’ai même reçu la visite d’un Français. Un mec sympa avec des lunettes, comme leur nouveau président d’ailleurs. À croire que les Français sont tous binoclards. » J’espère que vous avez deviné de qui David Berkowtiz parle ! Non ? Réponse à 1000€ : Stéphane Bourgoin, enfin !
• Elliott Smith avait composé une musique intitulé Son of Sam : quelque chose de doux mais de perturbant également, j’ai envie de vous faire découvrir le morceau ici.
• Hé, psst, Michaël Mention, je suis toujours sérieuse depuis ma critique de La Voix Secrète : une suite avec les mêmes enquêteurs et j’épouse le livre.

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lundi 11 décembre 2017

Solaris, de Stanislas Lem,

Une équipe scientifique débarque sur Solaris, un monde inhabité tournant autour de deux soleils. L’immense océan protoplasmique qui recouvre entièrement la planète reste depuis des siècles un irritant mystère.
Dès son arrivée, le Dr Kelvin est intrigué par le comportement du physicien Startorius et du cybernéticien Snaut, qui semblent terrorisés par la visite d’une femme, Harey ; une femme que Kelvin a autrefois aimée et qui s’est suicidée plusieurs années auparavant.
Impossible… À moins qu’une entité  intelligente n’essaie d’entrer en contact avec eux en matérialisant leurs fantasmes les plus secrets, et qu’en l’océan lui-même réside la clé de cette énigme aux dimensions d’un monde.
Magistrale interrogation sur les possibilités de communication avec des intelligences radicalement autres, de la même ampleur que Rendez-vous avec Rama d’Arthur C Clarke, Solaris est une des pierres angulaires de la science-fiction.
Quatrième de couverture par Folio, SF.
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« — Qui est responsable ? Qui est responsable de cette situation ? Gibarian ? Giese ? Einstein ? Platon ? Tous des criminels… Pense un peu, dans une fusée, l’homme risque d’éclater comme une bulle, ou de se pétrifier, ou de griller, ou de suer tout son sang d’un seul jet, sans avoir eu le temps de crier, et il ne reste plus que des osselets qui tournoient entre les parois blindés, selon les lois de Newton corrigées par Einstein, ces crécelles de notre progrès ! De bon cœur, nous avons suivi la route superbe, et nous voici arrivés… »
P. 291

Comme beaucoup, je connais le roman Solaris grâce à la parodie de Mozinor grâce au film de 2002 réalité par Steven Soderbergh avec George Clooney. J’ai vu cette adaptation une seule fois il y a plus de dix ans, je ne me souvenais pas de grand-chose si ce n’est une ambiance basée sur la méfiance, le confinement, l’isolation : quelque chose d’étouffant et de pesant. Et bien, je n’étais pas au bout de mes surprises en commençant le roman Solaris : phénomène de la science-fiction, Solaris est aussi une très belle histoire d’amour.

L’ambiance claustrophobe attaque le lecteur d’office : on accompagne le psychologue Kris Kelvin qui arrive à la station qui gravite autour de Solaris, la magnifique planète Solaris même, car une atmosphère confinée ne rime pas forcément avec prison grise. Abandonné par ses nouveaux collègues paranoïaques et méfiants, le Dr Kelvin a tout le temps de découvrir la station et d’être bercé par les lueurs chimériques de cette mystérieuse planète : Solaris possède deux soleils, un rouge et un bleu, qui alternent et jettent leurs rayons tranchés. Tantôt les pièces sont embrasées par un crépuscule pourpre, tantôt elles sont baignées dans des reflets bleus comme dans les aquariums. Et la magie opère ! Le décor est peu décrit, ce qui compte, c’est l’ambiance et Stanilas Lem a réussi à me charmer entièrement.

Dans ce cadre un peu mélancolique, la science-fiction s’étend sur beaucoup d’explications scientifiques : pour les néophytes comme moi, c’était assez déstabilisant car il n’y a aucune annotation. On se doute que les hypothèses solaristes sont fictives et impliquent des éléments imaginaires, mais une entrée en matière réellement ludique aurait été appréciable. Ce serait l’un des petits défauts que je pourrais reprocher à Solaris.
Toutefois, on sent un poids écrasant qui aurait plu au penseur Pascal : la petitesse de l’homme face à l’inconnu.
Le genre de SF s’associe à un genre auquel je ne m’attendais pas : la romance, mais une romance réellement humaine et poignante. Le résumé spoil un peu mais ne gâte pas le plaisir car il n’annonce pas comment leur relation va évoluer. Beaucoup de thèmes sont abordés : l’illusion d’amour, la nostalgie, la redécouverte, la dépendance d’un mirage… Une centaine de pages supplémentaires sur leur relation ne m’auraient pas dérangée !
Le duo d’Harey et Kris rejoint mes couples coups de cœur.

Solaris est donc un magnifique roman où le mystère domine : ne cherchez pas toutes les réponses, laissez-vous juste porter par ces émotions authentiques, cette mélancolie. Peut-être tomberez-vous aussi sous les aurores boréales solaristes et la délicate union entre Harey et Kris.

« Elle bredouilla, le visage au creux de mon épaule :
— Kris… dis-moi ce que je dois faire pour disparaître ! Kris… »
P. 224

En tout cas, un immense merci à mon papa qui m’avait donnée un de ses deux exemplaires ! Je serais passée à côté de cette œuvre je pense, oubliant de le chercher en librairie…
De plus, grâce à la couverture, je peux valider l’idée 118 du challenge des 170 idées :
             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Un petit mot concernant l’adaptation de 2002 : l’auteur, Stanislas Lem, n’avait pas du tout aimé, reprochant au film de n’avoir pas retranscris ses intentions à travers Solaris. L’adaptation d’Andreï Tarkovski de 1972 est en revanche plus fidèle et est encore cité comme une magnifique adaptation.


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jeudi 7 décembre 2017

Lucrèce Borgia, de Victor Hugo,

Indifférente à la haine de l’Italie entière, Lucrèce Borgia parade au carnaval de Venise. Qui pourrait inquiéter cette femme de pouvoir qui baigne dans l’adultère, l’inceste et le crime ? Elle a peur cependant, et tremble pour un simple capitaine qu’elle cherche parmi la foule. Il se nomme Gennaro. Il est amoureux d’elle, lui qui tient les Borgia en aversion et insulte leur blason. Or Gennaro n’est autre que son fils, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines. Lucrèce est un monstre, mais aussi une femme et une mère. Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d’un mari qui le croit son amant ?
En 1833, ce mélodrame tragique surpasse tous les triomphes de Victor Hugo.
Quatrième de couverture par Pocket.
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Que ce soit en roman, en poésie ou en théâtre, j’aime Victor Hugo. Ses œuvres ignorent les siècles et sa plume reste toujours aussi vivante, animée. Et je reste rarement de marbre devant ses personnages.

Alors certes, les historiens modernes rejettent de plus en plus les rumeurs qui font de Lucrèce Borgia un horrible monstre. Si Les Trois Mousquetaires ont dressé un portrait indélébile du cardinal de Richelieu, il en est de même pour cette pièce de théâtre pour la fille Borgia : c’est cette œuvre qui a gravé une image de femme fatale. Ceci dit, les crimes de Lucrèce Borgia sont plein de passion, de colère, d’amour : une vraie tempête déguisée de peau humaine ! Tout est émotion chez Lucrèce Borgia et le lecteur est tantôt attendri par l’amour qu’elle porte en elle, tantôt horrifié par sa colère qui ne s’apaise que sous la vengeance.
Pour tout dire, j’ai une faiblesse pour les mères lionnes comme Lucrèce Borgia ou, plus moderne, Cersei Lannister (non, je n’ai jamais détesté Cersei Lannister, je n’y arrive pas). Ce sont des mères fortes qui ne connaissent qu’une faiblesse : le fruit de leurs entrailles, ce qui cause leur perte ou, au contraire, augmente leur force.

Véritable tragédie qui se lit avec facilité tant les mots sont aisés, tant les rebondissements sont efficaces et tant la suite appelle à être dévorée. Une pièce que j’aime beaucoup et qui rajoute la fille Borgia à mes criminels préférés (fictifs, loin du personnage historique bien sûr) !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Lors des premières représentations, c’est Mademoiselle George, de son nom complet Marguerite-Joséphine Weimer, qui tenait le rôle de Lucrèce Borgia, qui n’est autre que l’Isabelle Adjani du XIXème siècle français.


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lundi 4 décembre 2017

Hunger Games, de Suzanne Collins,

Les Hunger Games ont commencé. Le vainqueur deviendra riche et célèbre. Les autres mourront…
Dans un futur sombre, sur les ruines des États-Unis, un jeu télévisé est créé pour contrôler le peuple par la terreur. Douze garçons et douze filles tirés au sort participent à cette sinistre téléréalité, que tout le monde est forcé de regarder en direct. Une seule règle dans l’arène : survivre, à tout prix.
Quand sa petite sœur est appelée pour participer aux Hunger Games, Katniss n’hésite pas une seconde. Elle prend sa place, consciente du danger. À seize ans, Katniss a déjà été confrontée plusieurs fois à la mort. Chez elle, survivre est comme une seconde nature…
Quatrième de couverture par Pocket Jeunesse PKJ.
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« Mais ici, plus encore que chez nous, je ressens mon impuissance. Je n’ai aucun moyen de me venger du Capitole. Pas vrai ? »
P. 261

Burning par Nonvieta
Aigrie comme je suis, il faut toujours que la hype redescende un peu autour d’un livre avant que je le lise à mon tour. Non, je rigole : Hunger Games m’avait intéressée à sa sortie mais comme toujours lors d’une sortie, ma PAL à vider me met toujours en décalage et je lis "la grande nouveauté" plusieurs mois plus tard. Ou dix ans plus tard dans le cas de l’aventure de Katniss Everdeen.
Cet été, je suis tombée amoureuse de la reprise de Hunging Tree de L.E.J. (je ne connais même pas l’originale, encore moins le passage rattaché) que je me suis rappelée cette saga. J’ai acheté alors la trilogie sur un coup de tête et quoi de mieux qu’un livre jeunesse pour se sortir d’une panne de lecture qui me talonnait depuis Septembre ?


Je ne connaissais aucunes critiques d’Hunger Games, n’étant consciente que du succès littéraire en 2010. Ainsi libérée de tout avis, j’ai pu pleinement profiter de cette première lecture que j’ai trouvée très bonne !
Plus que jeunesse, Hunger Games se situe même plutôt dans le Young Adult : je ne m’attendais à des thèmes sensibles et des scènes assez violentes, ce qui m’a agréablement surprise. On ne fait pas un remix de Battle Royale sans quelques morts après tout. Il y a donc une certaine maturité dans l’histoire et malgré les valeurs que veut transmettre Suzanne Collins, le contexte ne permet pas la douceur. En tout cas pour l’instant.
J’ai apprécié aussi l’effort de logique. Je pense à une scène toute bête : Katniss a toujours vécu pauvrement, et lorsqu’elle arrive dans le cadre luxueux du Capitol, elle reconnaît un canapé en velours. Elle justifie sa connaissance dans cette matière en pensant que sa mère, fille d’un milieu modeste autrefois, possède une robe avec un col en velours. C’est anodin, mais cela montre le souci du détail de Collins et elle ne se permet pas plus de tricher durant les jeux fatals.
Suzanne Collins arrive donc à captiver son lecteur avec des contraintes, des obstacles qui vont contrarier l’archère : la facilité n’est pas au rendez-vous et même la conclusion ne met pas un point final aux problèmes de Katniss, bien au contraire ! L’auteure a-t-elle réussi à me motiver de lire la suite ? Oui. Définitivement oui.


D’autant plus que je me suis attachée à cette adolescente et pourtant, qu’il est difficile d’être une héroïne forte sans tomber dans les clichés. On ne peut pas s’identifier à Katniss quand on n’a jamais connu la faim ou l’oppression gouvernementale, toutefois, on peut toujours admirer son dévouement pour sa famille, sa force, sa volonté, son courage… Sans que tous ces ingrédients soient de trop : Katniss n’est pas parfaite, sa méfiance peut même la rendre peu sympathique par moment (mais tout à fait compréhensible) et elle n’est pas infaillible.
Un ensemble qui m’a donc beaucoup touchée et j’ai beaucoup aimé cette combattante.
D’autres personnages rejoignent les Hunger Games bien sûr, mais moins aboutis que Katniss-même  et certains passent par la case cliché malheureuse. Certains du lot restent quand même intéressants, car mon second coup de cœur va pour Rue, la plus adorable des enfants toutes littératures confondues.

Si j’ai un seul reproche à faire, c’est l’écriture : certaines phrases sont lourdes, les efforts d’imagination sont absents, la poésie est inexistante… Ceci dit, j’arrive à m’expliquer cette plume plate voire bancale : c’est le premier livre de Suzanne Collins que je lis et Katniss étant la voix à la première personne, cette narration s’accorde à son caractère qui ne s’embarrasse pas des futilités.
Mais concernant l’écriture de l’auteure, je ne pourrais me prononcer franchement qu’en lisant un autre livre, et non narré par Katniss cette fois.

Une très, très bonne découverte et, même si j’ai un train de retard de dix ans, au moins, je vais pouvoir enchaîner la trilogie sans attendre, moi. Ah !

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Suzanne Collins a été accusée de plagiat pour Hunger Games : au Japon, pays d’origine du roman Battle Royale, il n’y a absolument aucun doute quant à ce fait. L’auteure s’est toujours défendue d’avoir été inspirée par l’histoire écrite par Kōshun Takami. Je n’ai pas vraiment d’avis sur la question car déjà je n’ai jamais lu Battle Royale (mais j’y compte bien), et ensuite, à une époque où la télé a de plus en plus d’importance et où certaines télé-réalités commencent à bafouer les règles d’éthique, je considère que l’inspiration est omniprésente pour tous les auteurs.

Il existe une multitude de cartes de Panem et les officielles sont incomplètes... 
En attendant, celle-ci donne une idée du monde dans lequel Katniss vit.


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mercredi 29 novembre 2017

Héros ou Couple inoubliables [22],

              

Organisé par Cassie56, le rendez-vous hebdomadaire Héros ou Couple Inoubliables permet de laisser une trace, un article à propos d’un personnage héroïque ou d’une romance qui vous a marqué, ému ou ravi en répondant à trois questions.
Aucun jour n’est fixé, mais j’ai opté les mercredis pour mon blog.







    → Pourquoi ce couple ?
C’est le plus intéressant et le plus captivant de la trilogie Leïlan, selon moi.
      → Est-ce le couple principal ?
La vedette est volée par le prince Axel et Victoire, mais enfin, on a droit à pas mal de moments quand même.
      → Quel aspect particulier de ce couple vous a tant plu ?
La dimension mystique : Imma est une sorcière aveugle, Jerraïkar est un homme maudit, pourri jusqu’à l’os, condamné à être une bête affreuse. À la façon de La Belle et la Bête (mon schéma préférée, vous vous souvenez ?), Jerry ne sera libéré de sa condition de monstre qu’une fois qu’il aura rencontré l’amour : une femme qui ne peut pas le voir.
Leur relation est donc tout en pudeur : Imma est douée d’une sensibilité qui lui permet de comprendre que Jerry est étrange, tandis que lui profite de sa cécité pour que la sorcière ignore tout de son apparence, interdisant tout contact physique.
Tout en pudeur et qui évolue avec douceur, leur relation se construit tout au long de la trilogie et la conclusion met du baume au cœur. Un couple comme je les aime !

lundi 27 novembre 2017

Le Crime de l'Orient-Express, d'Agatha Christie,

Par le plus grand des hasards, Hercule Poirot se trouve dans la voiture de l’Orient-Express – ce train de luxe qui traverse l’Europe – où un crime féroce a été commis.
Une des plus difficiles et des plus délicates enquêtes commence pour le fameux détective belge. Autour de ce cadavre, trop de suspects, trop d’alibis.
Quatrième de couverture par Le Livre de Poche.
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Cela faisait un moment que j’avais Le Crime de l’Orient-Express dans ma bibliothèque et je préférais lire quelques enquêtes avant d’attaquer la plus célèbre énigme que rencontre Hercule Poirot. Mais avec la prochaine adaptation qui est attendue pour le 13 décembre, j’avais peur d’être spoilée et je l’ai sorti de ma pile à lire pour devancer les révélations du net !
C’est vraiment sans regret car Le Crime de l’Orient-Express m’a réconciliée avec Agatha Christie, car mes dernières lectures de la reine du crime n’avaient pas été vraiment marquantes… Maintenant, je suis motivée à attaquer de plus belle la série d’Hercule Poirot.

Le cadre déjà est plein de charme. Et je n’ai pas peur d’utiliser cet adjectif pour un huis-clos qui se déroule dans un train bloqué par des masses de neige. Certes, Agatha Christie aurait pu se montrer moins avare en descriptions, mais l’ambiance est pourtant bien présente, portée notamment par une galerie de personnages très intéressants.
Un motif qui hante
Le lecteur, également coincé dans ce train, finit par s’approcher davantage des autres passagers, comme lorsque l’on est vraiment piégé dans un train à l’arrêt et que l’on commence à plaisanter entre voyageurs… sauf qu’ici, un meurtre a été commis durant la nuit.
J’adore Hercule Poirot, j’adore son comportement de chat vaniteux, paisible, maniaque mais doux : véritable source de réconfort pour les victimes, ennemi insoupçonné des criminels, c’est un détective qui pimente les enquêtes. De façon surprenante, je l’ai trouvé assez mordant durant cette aventure et peu enclin à prêter son épaule. Plus effacé également, mais pour mieux briller lors de la conclusion.

Je peux me vanter d’ailleurs d’avoir démêlé en partie le mystère du crime de l’Orient-Express ! [spoiler sur la résolution du crime] Comme il s’agit d’une vengeance pour le meurtre d’un bébé issu d’une importante famille, j’ai vite imaginé que le wagon complet était coupable du meurtre de Ratchett, une vengeance collective était une idée qui me tenait à cœur et j’étais ravie que cette situation soit la bonne [/fin du spoiler sur la résolution du crime] : c’est ce qui rend ce mystère si original et qui donne matière à réfléchir.
Alors oui, j’adore Hercule Poirot comme j’adore Sherlock Holmes, mais j’aime surtout quand des enquêtes viennent fracasser les convictions de ces détectives chez qui la logique passe avant les sentiments.


Le Crime de l’Orient-Express est donc une excellente découverte : je suis entièrement conquise et, même si je doute que mon prochain Agatha Christie soit aussi efficace, je suis motivée à piocher à nouveau dans ma bibliothèque et passer de nouveau du temps avec le détective belge. Ceci dit, je conseille aux curieux de lire quelques nouvelles de Poirot avant d’attaquer Le Crime de l’Orient-Express, l’émotion n’en sera que plus vive.
Maintenant, vivement le 13 décembre !


             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Le succès du Crime de l’Orient-Express vient surtout de l’affaire qui a inspiré Agatha Christie : l’affaire du bébé Lindbergh aux États-Unis en 1932, soit deux ans avant la publication du roman de l’Orient-Express, qui a fait le tour du monde et a marqué les esprits. Agatha Christie n’est pas la seule à avoir écrit sa version très librement inspirée de ce drame, et Le Crime de l’Orient-Express s’inscrit dans cette "tendance".

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samedi 18 novembre 2017

Une Nuit sans lunes, de Magalie Ségura,

Le jour de l’affrontement final approche.
Jerry sait maintenant qu’Éléa n’est pas le Champion des Fées qui affrontera l’infâme duc Korta. C’est Axel qui va devoir jouer ce rôle. Son père, le roi de Pandème, était arrivé à cette même conclusion des années auparavant. Mais craignant pour son fils, il lui demande de revenir à ses côtés, en Akal, où l’alliance des deux royaumes a été scellée. Pourtant le peuple de Leïlan a besoin d’Axel : Korta met le pays à feu et à sang, obligeant les habitants de la Forêt Interdite à se sacrifier avant le Dernier Combat, pour assurer ainsi sa victoire contre les Fées. C’est l’heure où les derniers masques tombent. De cruels dilemmes assaillent chacun des héros de Leïlan. La situation semble désespérée, mais les Fées n’ont peut-être pas encore dit leur dernier mot…
Quatrième de couverture par Milady.
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« J’étais prêt à mourir… pour une simple vision de bonheur. »

Alors là, j’avoue que je suis bluffée ! Si j’avais trouvé le second tome assez fade et sans force réelle, le troisième et dernier tome de Leïlan est nettement meilleur et, comme je l’avais prédit, Pour Éloïse se fera complètement effacé entre mes impressions de Les Yeux de Leïlan et d’Une Nuit sans lunes.

Qu’est-ce que ce tome final a de plus que ses deux prédécesseurs ? Des rebondissements qui motivent la lecture déjà. Dans Pour Éloïse, j’avais trouvé beaucoup de temps morts et des passages qui tournaient régulièrement autour des mêmes questions : Une Nuit sans lunes est moins répétitif et tous les personnages ont leur importance et s’avancent au-devant du lecteur.
Même si j’arrive à apprécier Axel et Victoire, leur alchimie n’est pas du tout ma priorité, leur préférant celle de Jerraïkar et Imma, ou encore celle de Sélène et Erwan. D’autres personnages pour eux-mêmes aussi : bien sûr, la petite Chloé (qui mériterait presque une saga à elle toute seule !), San (le loup, oui, j’adore les loups et j’aime beaucoup San) et même Muht qui a réussi à me convaincre jusqu’au bout.
Aucun personnage n’est oublié, chacun à sa conclusion et Magali Ségura arrive même à en faire évoluer dans cette extrême fin, comme la princesse Éloïse dont le changement rapide mais logique fascine.

Tour de force au niveau des acteurs de ce dernier acte mais également au niveau de l’ambiance : Ségura nous avait habitués aux forêts denses, à la nature vierge et puissante. Dans ce tome, le lecteur côtoie bien plus la cour royale, les châteaux et les villages plus communs que ceux des résistants. Et sa plume arrive à nous dresser ce décor avec la même aisance, tapant plus dans la maturité d’ailleurs !
Si la saga avait au début des allures de Fantasy jeunesse, on se dit que les livres peuvent aussi tomber entre les mains d’adultes et conquérir des cœurs plus âgés.
On peut toujours reprocher une pointe de manichéisme, certes, mais Magali Ségura ne tombe pas dans le cliché absolu et arrive à nuancer son univers : sans spoiler, tous les méchants ne meurent pas et tous les gentils ne survivent pas forcément. Comme quoi, il n’y a pas que des facilités sur le chemin de cette compagnie de rebelles.

D’accord : beaucoup de lecteurs trouveront les révélations évidentes et sans surprises (et encore, certains rebondissements m’ont étonnée), mais si on se prête au jeu, si on s’attache, Une Nuit sans lunes représente un bien beau final qu’on sent écrit avec cœur. La fin n’est pas abrupte et l’auteure nous berce dans ce monde d’illusions jusqu’au bout, avant de nous laisser avec quelques rêves.
C’est sans aucune hésitation que je vais m’intéresser à l’autre saga de l’auteure : Éternité.

« Il se jetait sur Korta, comme si la mort de cet homme était la raison de sa naissance. »

             Quelques anecdotes sur ce bouquin,
• Les critiques des deux tomes précédents (avec les cartes) :
1 – Les Yeux de Leïlan
2 – Pour Héloïse


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